Nos ancêtres les Gaulois… un « roman national » tiré par les cheveux

Pour beaucoup d’historiens, la «Gaule» n’est qu’une fiction : diverses ethnies évoluant dans un espace géographique. On en profite pour nous inculquer que la France est un pays de “diversité”… C’est ce « roman national » qui est censé stimuler notre élan patriotique. Un roman qui commence bien mal, avec un Vercingétorix, soumis à la domination romaine et un Napoléon III prisonnier des Prussiens.

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« Autrefois, notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants, les Gaulois. »: C’est par ces mots simples que débutait le manuel d’histoire d’Ernest Lavisse, véritable catéchisme patriotique de la Troisième République après la défaite de Sedan en 1870.

Pour Nicolas Sarkozy, nos ancêtres étaient les Gaulois mais aussi « les tirailleurs (détachés?) musulmans »

En campagne pour la primaire Les Républicains, Nicolas Sarkozy a déclaré: «dès que l’on devient Français, nos ancêtres sont Gaulois». Des propos mal compris au sein même de sa famille politique, sans compter les grammairiens et académiciens francophones.

En soutien à Nicolas Sarkozy, Gilles Platret (maire LR de Chalon-sur-Saône) estime, quant à lui, que le mythe gaulois reflète la grande tradition française d’hospitalité, ainsi que l’aspiration à l’unité nationale:
Les Gaulois ou la grande querelle de l’héritage
« Depuis des décennies, la qualité de Français s’est trouvée reléguée, poussée en second rideau par un impératif qui l’écrasait: il ne s’agissait plus de se dire Français, il s’agissait de se revendiquer l’Autre vivant en France. Plus de rechercher l’unité, mais de donner en tout la priorité à la pluralité. Plus de viser l’universalité, mais d’additionner les singularités. Plus de trouver le commun, mais d’encenser le divers. Plus de se trouver comme cousins, mais de se supporter en voisins ».

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LE FIGARO – Le philosophe Redeker vient lui aussi au secours de Nicolas Sarkozy : «L’hérédité nationale est politique et non biologique».

Recourir au roman national pour rafistoler une nation
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Troisième République – Parallèle est fait entre les Gaulois tentant vainement de résister aux Romains (de 58 à 51/50 av. J.-C.) et la France, qui a perdu, après un siège long et pénible, face aux Prussiens à Sedan (1870). A la même époque qu’Ernest Lavisse, Ernest Renan écrit dans Qu’est-ce qu’une nation? :
«Le Français n’est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudière où, sous la présidence du roi de France, ont fermenté ensemble les éléments les plus divers.» La France ne serait donc qu’une nation de « bâtards » ?… pas très glorieux, ni poétique. On imagine alors de forger la nation à travers un récit commun, celui du « roman national » reposant sur une fiction historique. On y retrouve en vrac, nos ancêtres les Gaulois, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroi de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d’Arc, Bayard, tous nos héros du passé, parfois enveloppés de légendes.

le-mythe-nationalMais voilà qu’à partir des années 1960, l’expression «nos ancêtres les Gaulois» est critiquée d’un point de vue historique et également (surtout?) d’un point de vue idéologique. En forgeant la nation sur une ethnicité, elle ne permettrait pas l’inclusion des minorités, nourrissant ainsi la xénophobie et niant les richesses du multiculturalisme. C’est ce qu’explique, avec un peu plus de subtilité, Suzanne Citron dans son livre Le Mythe national, l’histoire de France revisitée.

Et pourquoi pas les Francs, plus valorisants que les Gaulois ?
Le Figaro s’appuie sur une citation (article intitulé «Nos ancêtres les Gaulois»…histoire d’une expression controversée) :

dans Qu’est-ce que le Tiers État?, l’abbé Sieyès appelle à « renvoyer dans les forêts de la Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d’être issues de la race des conquérants ».

Hormis cette brève digression, on doit recommander la lecture de ce petit ouvrage “Qu’est-ce que le Tiers État?” qui est assez instructive.
Nos hommes politiques devraient s’en inspirer. Ce livre ne se limite pas à de simples réflexions partisanes.

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